Note : Le texte qui suit est la traduction d'un récent article d'Associated Press (AP). Nous remercions AP de nous avoir autorisés à le reproduire.

Grand-papa consulte ... ton espace Facebook

Par BETH DeFALCO --

Lorsque votre grand-père de 88 ans demande à devenir votre « ami » sur Facebook, vous avez deux options : l'accepter et retirer illico les photos rigolotes de vos dernières virées, ou bien renoncer pour toujours à passer vos vacances au bercail.

Pour moi qui ne cache pas mon intérêt pour le pinot gris dans mes passe-temps, l'arrivée de mon grand-père sur Facebook avait de quoi inquiéter.

Je craignais qu'il ne se méprenne sur moi. Pire encore : qu'il découvre que moi, sa petite-fille, je ne suis pas exactement la sobre femme que je prétends être deux fois par année lorsque je visite la maison ancestrale.

Et c'est pourtant ce qui est arrivé : nous avons fait plus ample connaissance sur un site de socialisation que bien des trentenaires ne savent pas utiliser, encore moins les octogénaires.

« Je ne vais pas souvent sur Facebook, m'a confié mon grand-père, mais je constate que c'est un bon moyen de découvrir la personnalité de quelqu'un. Ça me permet aussi de passer le temps la nuit, quand je n'arrive pas à dormir. »

Il se trouve que mon grand-père n'est pas le seul retraité au pays à consulter les sites de socialisation.

Chez Facebook, on estime à quelques millions le nombre d'utilisateurs de plus de 65 ans. De son côté, MySpace prétend compter 6,7 millions d'utilisateurs de 65 ans et plus. D'ailleurs, selon la porte-parole Jessica Bass, le groupe des aînés afficherait l'une des plus fortes croissances parmi les utilisateurs de MySpace.

Lynne Bundesen, 71 ans, de Santa Fe (Nouveau-Mexique) fait partie de ce groupe. Pourquoi s'est-elle inscrite? « Pour suivre la vie de mes petits-enfants, bien sûr. »

Son petit-fils, Russell Simon (27 ans), ne s'en préoccupe pas outre mesure.

« Ça lui permet surtout de rester jeune, explique-t-il. Elle publie de très anciennes photos d'elle dans son espace personnel. Elle était ravissante. Le fait de la voir jeune, sur un bateau, avec ses cheveux dans le vent, m'amène à la considérer différemment. »

« Mais elle le fait plus pour nous épier que pour nous en apprendre sur elle », ajoute-t-il mi-figue, mi-raisin.

Russell compte trois grands-parents sur Facebook et admet que leur présence change son comportement en ligne.

« Quand j'actualise mon statut (j'oublie parfois qu'ils sont là) je dois faire attention à ce que j'écris », confie-t-il.

L'intérêt des baby-boomers pour les sites de socialisation ne plaît pas à tout le monde. En réaction, les jeunes cherchent parfois à déjouer grand-maman en migrant, par exemple, de Facebook à Twitter.

« Ce phénomène causera peut-être la mort de Facebook », estime Charlie Pabst, ami de Russel.

La clientèle des sites de socialisation demeure toutefois relativement jeune. L'âge médian des utilisateurs est de 26 ans pour MySpace et de 27 ans pour Facebook. Pour LinkedIn, un site axé plutôt sur la vie professionnelle, il se situe à 40 ans, selon un sondage récent du Pew Internet & American Life Project.

Mais il n'est pas toujours possible d'échapper à l'invasion des parents plus âgés. Mme Bundesen s'affiche également sur Twitter. « Je m'adapte à leur style de vie », explique-t-elle.

À l'instar de certains jeunes utilisateurs, mon grand-père s'est tourné vers les sites de socialisation pour trouver d'anciens camarades de classe (qui étaient toujours en vie).

Ses recherches n'ont pas été très fructueuses. Mais il a découvert ce faisant un moyen de rester en contact avec ses petits-enfants éparpillés aux quatre vents.

J'ai passé pas mal de temps en compagnie de mon grand-père dans ma jeunesse au Colorado. Mais à vrai dire, je ne connaissais pas grand-chose de lui : sa personnalité, son passé militaire, l'histoire de sa rencontre avec ma grand-mère...

Après la mort de ma grand-mère l'an dernier, mon grand-père s'est retrouvé seul pour la première fois en 65 ans. Il lui fallait un moyen de se désennuyer.

C'est ainsi que l'été dernier, après six mois de veuvage, Howard Hilt (88 ans) de Pueblo, au Colorado, s'est inscrit sur Facebook et a appris à connaître sa petite-fille au New Jersey. Pour le meilleur et pour le pire.

Quand j'ai annoncé sur ma page que je venais de courir mon premier mille depuis mon opération à la cheville, il m'a écrit : « Bravo championne! »
Il commente aussi les photos.

« J'ai vraiment l'air de mon âge sur celle-ci, et ce n'est guère mieux sur les autres, a-t-il écrit à propos d'une photo que mon cousin a publiée récemment. Je trouve que j'ai l'air austère sur des photos prises sur le vif. »
Quand je lui ai transmis une liste de 25 faits divers sur moi, il m'a rendu la pareille avec une liste intitulée « Notes sur moi, de Grand-papa Howard. »

Les listes étaient certainement très différentes.

Je lui ai appris que j'avais déjà rencontré Magic Johnson et que je ne cuisine pas sur le feu.

Il m'a appris qu'il arrosait les pelouses des cimetières à Brooklyn pour se faire de l'argent de poche quand il était petit; qu'il pilotait des bombardiers B-24 durant la Seconde Guerre mondiale; et qu'il a travaillé comme contrôleur pour Anastasio Somoza Garcia, dictateur du Nicaragua, au bureau de sa ligne maritime à New York.

« Un jour que nous étions à Managua par affaires (mon épouse m'accompagnait), nous nous sommes trouvés mêlés à une insurrection communiste qui nous a fait vivre des moments palpitants », a-t-il écrit.

Mais j'ai surtout aimé le deuxième élément de sa liste de faits divers : « J'ai connu ma future épouse à la maternelle ».

Avant cela, je ne savais ni quand ni comment mes grands-parents s'étaient rencontrés.

Et en dépit de mes inquiétudes initiales, mon grand-père m'assure que rien de ce qu'il a vu ne l'a choqué.

La raison en est simple : « À mon âge, rien ne me choque! »

© The Associated Press, 2009.